"The fault, dear Brutus, is not in our stars, But in ourselves, that we are underlings." W Shakespeare “Jules César”
La présente critique ne s'attache pas à la seule image ci-dessus, mais à la série entière "Fault Faille"
De la matière brute, rugueuse, grossière, presque menaçante. Echardes, écailles, esquilles, scories préviennent de tout contact, comme une mise en garde… De la matière dure, pierre, béton, bois, fer, mais de la matière usée, vieillie, ternie, corrompue, abîmée… sur laquelle cogne le regard !
Kizuki Tamura présente cette série sous les couleurs, si j’ose dire, de l’austérité. De la matière donc, réputée résistante, en gros plan, dans un dispositif dépouillé, sobre, presque sans artifices. Les bandes blanches qu’il a placées de part et d’autre de ses images neutralisent les couleurs, et accentuent cette sensation de constat sans joie. Parce que je pense qu’il s’agit d’un constat, un peu amer, que nous livre Kizuki dans ce travail.
Le titre « Fault Faille » évoque, pour moi, plus l’erreur, le défaut, la rupture dans le raisonnement, le sentiment, que la simple altération d’un matériau soumis aux vicissitudes du temps qui passe. Ce béton mal dégrossi qui se délite, cette planche meurtrie, cette peinture qui s’écaille sont autant de rappels à une vérité fondamentale : aussi solides que nous soyons, nous n’en sommes pas moins tous vulnérables, corruptibles, faillibles et il est illusoire de penser le contraire… La faute, la faille, dans le raisonnement de la vie, est de rejeter toute forme de responsabilité. C’est toujours la faute à autrui, aux événements, à l’extérieur, rarement la notre. Kizuki en excluant cet extérieur de ses images, traitement en gros plan, conception en diptyque (les images semblent ne pouvoir dialoguer qu’entre elles, il n’y a pas de hors champs), ne nous laisse pas d’autres choix que d’affronter nos propres failles, nos propres fautes.
Bien sur, on ne peut parler de faute sans penser à « La Faute », originelle. La planche, avec ces clous rouillés, tordus nous renvoie bien évidemment à une lecture métaphysique du propos de Kizuki. Oui ! Peut être y a-t-il eu faute, le fruit défendu, la punition suivie d’un hypothétique pardon promis par un prétendu rédempteur… Et cette faute, plus dure que le béton, nous poursuit encore et encore, inaltérable, malgré tous nos efforts pour nous en débarrasser. Cette « faute » serait en nous. L’erreur, la faille, la faiblesse de l’homme est de s’en remettre à un extérieur tout puissant pour la corriger plutôt que de prendre le risque de se blesser en la touchant du doigt. Kizuki, en traitant de cet aspect à la fois rugueux et blessant, solide, protecteur, mais corruptible de la matière, et ce dans un univers clos, fini, nous rappelle que l’existence n’est pas sans douleur, sans erreur, sans risque. Vouloir s’épargner, se protéger des aspérités de la vie plutôt que de les affronter (les cadrer) et les accepter ne fait qu’approfondir cette faille.
« J’aime la vie, la vie cette garce, Qui punit ses vainqueurs. Je la perdrais sans perdre la face, Mais une écharde au cœur… » S Reggiani « une écharde au cœur»
But in ourselves, that we are underlings."
W Shakespeare “Jules César”
La présente critique ne s'attache pas à la seule image ci-dessus, mais à la série entière "Fault Faille"
De la matière brute, rugueuse, grossière, presque menaçante. Echardes, écailles, esquilles, scories préviennent de tout contact, comme une mise en garde…
De la matière dure, pierre, béton, bois, fer, mais de la matière usée, vieillie, ternie, corrompue, abîmée… sur laquelle cogne le regard !
Kizuki Tamura présente cette série sous les couleurs, si j’ose dire, de l’austérité. De la matière donc, réputée résistante, en gros plan, dans un dispositif dépouillé, sobre, presque sans artifices. Les bandes blanches qu’il a placées de part et d’autre de ses images neutralisent les couleurs, et accentuent cette sensation de constat sans joie. Parce que je pense qu’il s’agit d’un constat, un peu amer, que nous livre Kizuki dans ce travail.
Le titre « Fault Faille » évoque, pour moi, plus l’erreur, le défaut, la rupture dans le raisonnement, le sentiment, que la simple altération d’un matériau soumis aux vicissitudes du temps qui passe. Ce béton mal dégrossi qui se délite, cette planche meurtrie, cette peinture qui s’écaille sont autant de rappels à une vérité fondamentale : aussi solides que nous soyons, nous n’en sommes pas moins tous vulnérables, corruptibles, faillibles et il est illusoire de penser le contraire… La faute, la faille, dans le raisonnement de la vie, est de rejeter toute forme de responsabilité. C’est toujours la faute à autrui, aux événements, à l’extérieur, rarement la notre. Kizuki en excluant cet extérieur de ses images, traitement en gros plan, conception en diptyque (les images semblent ne pouvoir dialoguer qu’entre elles, il n’y a pas de hors champs), ne nous laisse pas d’autres choix que d’affronter nos propres failles, nos propres fautes.
Bien sur, on ne peut parler de faute sans penser à « La Faute », originelle. La planche, avec ces clous rouillés, tordus nous renvoie bien évidemment à une lecture métaphysique du propos de Kizuki. Oui ! Peut être y a-t-il eu faute, le fruit défendu, la punition suivie d’un hypothétique pardon promis par un prétendu rédempteur… Et cette faute, plus dure que le béton, nous poursuit encore et encore, inaltérable, malgré tous nos efforts pour nous en débarrasser. Cette « faute » serait en nous. L’erreur, la faille, la faiblesse de l’homme est de s’en remettre à un extérieur tout puissant pour la corriger plutôt que de prendre le risque de se blesser en la touchant du doigt.
Kizuki, en traitant de cet aspect à la fois rugueux et blessant, solide, protecteur, mais corruptible de la matière, et ce dans un univers clos, fini, nous rappelle que l’existence n’est pas sans douleur, sans erreur, sans risque. Vouloir s’épargner, se protéger des aspérités de la vie plutôt que de les affronter (les cadrer) et les accepter ne fait qu’approfondir cette faille.
« J’aime la vie,
la vie cette garce,
Qui punit ses vainqueurs.
Je la perdrais sans perdre la face,
Mais une écharde au cœur… »
S Reggiani « une écharde au cœur»
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